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Décroissance et emploi Quel travail quel revenu dans une économie décroissante ?
Quelles solutions les idéologies de décroissances proposent-elles aux questions de travail et de revenu ?
dimanche 17 janvier 2010

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Dans le cadre d’un cycle de réflexion et d’autoformation du comité local d’ATTAC Cergy sur le thème la décroissance, cette contribution part d’un questionnement général sur la décroissance : Le problème écologique mondial : un modèle de développement qui épuise les ressources naturelles. Il est difficile de parler croissance dans ces conditions ! Le problème économique mondial : un modèle de développement qui n’assure pas un revenu décent à tous dans un contexte d’enrichissement généralisé, ni au sein de sa propre société (précarité, chômage, niveaux de vie indignes, mal être) ni au niveau mondial : ( inégalités, misère de la paysannerie, vie indigne dans les bidonvilles). Le problème de la subsistance minimale est crucial pour la majorité de la population. Il est difficile de parler de décroissance dans ces conditions !

Quelles solutions les idéologies de décroissances proposent-elles aux questions de travail et de revenu ?

"L’idée de décroissance est insupportable à tous ceux qui pensent que l’échange marchand est le lien social par excellence, qu’il soit basé sur le contrat ou sur le plan. " (Fabrice Flipo "les racines conceptuelles de la décroissance") Pour traiter cette question il est important de rappeler dans un premier temps les racines de la croissance, un mouvement historique censé apporter une réponse aux questions de subsistance. Mais ce modèle nourrit ses propres contradictions. Les théories de la décroissance propose des pistes de réfléxions culturelles et sociales plutôt que macroéconomiques.

La croissance économique comme réponse aux questions de subsistance.

a/ La croissance libère l’homme. Il s’agit ici de l’histoire du développement économique de l’Europe et des Etats-unis : le décollage des économies grâce à la révolution industrielle, les progrès techniques, l’ amélioration générale des niveaux de vie, de la santé, de l’éducation.

Tout au long du XXème siècle cette histoire a fait l’objet de la critique marxiste du capitalisme et de l’impérialisme, avec l’idée que ce développement inégal reposait sur l’exploitation capitaliste.

Aujourd’hui, les controverses avec les décroissants portent sur la notion même de croissance et de développement avec l’objection que les idéologies de la décroissance idéalisent la nature et les sociétés traditionnelles. Exemple : faut-il renoncer au développement quand la majorité des paysans dans le monde ne dispose même pas d’une charrue et d’un animal. La définition même des termes croissance développement progrès reste à éclaircir. (Cf ouvrage de J P Besset "Comment ne plus être progressiste sans être réactionnaire")

b/ La marchandisation du travail assure à chacun un revenu décent Les éléments théoriques Théorie classique et néoclassique : le prix assure l’équilibre de l’offre et la demande sur les marchés. idem sur le marché de l’emploi, c’est le niveau des salaires qui régule l’offre de travail. Théorie keynésienne : soutenir la consommation par le soutien aux salaires Théorie marxiste : apports respectifs du travail et du capital dans la formation de la valeur ajoutée. Mise en évidence du conflit entre ce qui revient aux profits et ce qui revient aux salaires. Marx décrit le travail marchand, dans le contexte de l’appropriation privée des moyens de production.

L’évolution majeure : développement du travail salarié ( statistiques d’évolution de la population active dans les économies capitalistes) " C’est au début du 20ème siècle avec le développement de la production de masse et le taylorisme que s’est mise en place une véritable société salariale. L’âge d’or du salariat se situe pendant les 30 Glorieuses avec l’institution d’un rapport (ou compromis) salarial fordiste (quasi plein emploi, augmentation régulière des salaires réels avec les gains de productivité et la hausse des prix, développement de l’OST, part grandissante des salaires indirects, consommation de masse,…). Le salariat devient alors un véritable statut, source de reconnaissance sociale et d’identité." (source site Banque de données interactives en sciences économiques et sociales) Part des salariés dans la population active occupée, (source insee) 1954 : 64%, 1975 : 82%, 2004 : 91,2% L’évolution des secteurs d’activité permet une augmentation de la production de biens et services Réduction des actifs agricoles (mode de production traditionnels) au profit du secteur industriel ( diminution des productions artisanales) , puis du secteur tertiaire. En 1949 le secteur primaire employait encore 30% de la population active contre 3% aujourd’hui, le secteur secondaire (l’industrie) 33% contre 23% en 2001, et le secteur tertiaire (les services), 37% contre 73% en 2001. La rationalisation des processus de production permet des gains de productivité profitables à tous. Dans ce modèle économique, la division des tâches, la spécialisation, la bureaucratisation participent à l’amélioration de la productivité du travail.

c/ Seule une augmentation de la production permet de tendre vers le plein emploi c’est-à-dire l’accès de tous au travail et donc au revenu.

L’idée qui est ressassée en permanence dans les médias et discours officiels, c’est que la croissance crée des emplois, fait baisser le chômage. Or, ceci est un credo largement démenti par les observations [http://travail-chomage.site.voila.fr/index2.htm] Pourquoi ce contresens ? parce que "La création nette d’emploi est le résultat d’une différence positive importante entre la croissance de la production et celle de la productivité ou d’une forte diminution de la durée du travail. Sauf cas particulier, ce n’est donc pas une forte "croissance" qui crée de l’emploi.

Il s’agit bien sûr d’une croyance à faire partager. En réalité, le chômage n’est pas un problème pour les capitalistes, au contraire, puisqu’il permet de maintenir une pression à la baisse sur les salaires et donc de maintenir le profit.

B/ Les contradictions du modèle : chômage pauvreté dépendance

a/ Deux conséquences de la marchandisation du travail :

1/ L’apparition du chômage comme concept et comme réalité sociale. Le chômage et son évolution sont mesurés statistiquement par le BIT, par l’INSEE. Ces statistiques témoignent de l’augmentation massive du chômage depuis 1974. Le titre de "Alternatives économiques de janvier " est "les priorités pour 2010 : LUTTER CONTRE LE CHOMAGE, LUTTER CONTRE LE CHOMAGE, LUTTER CONTR LE CHOMAGE" "3,8 millions de chômeurs étaient inscrits à Pôle emploi en octobre dernier 700 000 de plus qu’en décembre 2007 " Encore ce chiffre est-il le reflet des statistiques officielles, Il existe d’importants décalages entre chômage apparent et chômage réel " Et nous savons bien, comme le montre cette étude "Le chômage réel en France : 1996 et 2005", que le chômage officiel n’est qu’un chômage apparent, le chômage effectif étant bien plus important"

Les différentes solutions proposées pour résoudre la question du chômage au cours du vingtième siècle dans les économies capitalistes n’ont pas abouti.
- la solution Keynesienne : soutenir l’activité par la consommation des ménages
-  la solution socio libérale : réduire le temps de travail
-  la solution néolibérale : diminuer le coût du travail

2/ La marginalisation des formes de travail autres que salarié renforce la dépendance des individus. Ces formes de travail contribuaient à la vie collective tout en offrant une contrepartie de subsistance. Le travail domestique / gratuit / collectif / communautaire n’a pas sa place dans notre société et n’apporte ni reconnaissance ni moyen de subsistance.

A cet égard, l’évolution exemplaire du travail féminin serait matière à un beau débat : de la libération domestique à l’aliénation sociale ?)

b/ Deux conséquences de la marchandisation des biens et revenus 1/ La limitation de l’accès libre aux biens communs : terres, eau. Impossible d’occuper l’espace pour se loger ( le mode de vie des roms dérange la société marchande, le développement des habitats légers crée des conflits avec les autorités : il faut un permis de construire une viabilisation une déclaration etc..). Impossible de pêcher chasser cueillir sans autorisation. Même l’autoproduction vivrière est encadrée (brevetage des semences/ marchandisation du vivant)

2/ La dépendance au revenu monétaire pour subsister  : chômage indemnisé revenu minimum (rmi / rma). Développement de la pauvreté, dépossession de ses moyens de subsister, recours à la charité. c/ Deux conséquences de la rationalisation du travail Perte d’efficacité pour la production : ce qui est produit n’a pas de sens, pas d’utilité sociale serait même contre productif. Le documentaire "mise à mort du travail" démonte cette logique mortifère à travers une enquète qui a duré un an chez Carglass : au final la satisfaction du client repose sur une pression maximale du salarié conditionné autour d’un soi-disant projet d’entreprise ( satisfaire le client être le meilleur) ; mais le but final de l’entreprise, c’est le profit, la satisfaction des actionnaires, et en réalité et la qualité du service rendu est loin d’être optimale. Perte de sens mal être pour le travailleur l’ organisation rationnelle du travail, la division des tâches, l’intégration du travail dans des processus complexes et de vastes organisations lointaines rendent opaques le sens du travail pour le travailleur. On est passé du taylorisme à des techniques de management extrèmement agressives et incompréhensibles au travailleur. (Les exemples sont nombreux dans l’actualité : les suicides de travailleurs soumis à la pression des objectifs au non sens à la remise en question profonde de leur valeur personnelle, à la perte de sens de leur activité) "Ivan illitch : autonomisation des bureaucraties qui détournent les institutions de leur but" Flipo : La division du travail en elle-même est devenue improductive. La société est inégalitaire par essence, la bonne santé d’une minorité se paie par la mauvaise santé d’une majorité."

C/ Le travail dans les courants de pensée de la décroissance.

1/ Bref panorama des fondements de la décroissance : les questions écologiques, économiques, et éthiques :

a/ L’urgence environnementale : la croissance infinie des biens est impossible dans un monde fini, Les ressources de la planète sont limitées. Rapport Meadow club de Rome 1972 "The limits to growth". Georgescu Roegen "demain la décroissance : entropie, écologie économie" 1979 : critique de l’économie néoclassique qui prétend qu’ une croissance économique illimitée est possible et souhaitable.

b/ La nécessité d’une répartition équitable des richesses "Comment les riches pillent la planète" de Hervé Kempf : c’est le mode de vie consumériste et inégalitaire qui provoque un emballement du pillage des ressources naturelles lequel ne bénéficie qu’à quelques uns et asservit les autres tout en mettant en danger l’avenir de notre environnement. "Les comportements sont ancrés dans un mode de vie ostentatoire plutôt que par les besoins."

c/ Un nouveau rapport philosophique à la nature,
- Ethique environnementale, philosophies amérindiennes ou boudhistes. Ce que la terre mère nous prête il faut le restituer, il faut respecter le cycle de la nature permettre le renouvellement des ressources.

- Ouverture spirituelle et/ou éloge de la frugalité / modestie au sens spirituel. La pauvreté n’est plus une valeur négative mais elle est distinguée de la misère. P Rahbi, M. Rahnema " quand la pauvreté chasse la misère" du Sahara aux Cévennes" 2/ Ce qui reste à approfondir : travail revenu a/ travailler autrement

Deux conceptions du travail : L’homme libre est celui qui ne travaille pas (Grecs/ aristocratie) / Le travail anoblit l’homme ( intégration sociale / valorisation personnelle par le travail bien fait) Comment se positionnent les idéologies de la décroissance ?

Le temps de travail dans une économie en décroissance Si on limite l’utilisation d’énergie "thermodynamique" forcément il faudra plus de main d’oeuvre (énergie musculaire !), soit plus de temps pour accomplir les tâches. Ce temps nécessaire globalement peut aller de paire avec une durée individuelle égale ou inférieure aux niveaux actuels, si tous travaillent. De plus, si la quantité de biens à produire diminue, le temps de travail nécessaire dilinuera également. ( cf article "la décroissance est-elle soluble dans le capitalisme" dans "La décroissance économique")

Le pouvoir : démocratie dans le travail prises de décisions collectives autogestion coopératives. Petites unités. Ceci est difficile dans une économie de croissance mais va-t-il de soi dans une économie de décroissance ?

La tâche : la polyvalence la réappropriation du sens de la tâche, est-ce que cette déspécialisation découlera forcément de l’abandon d’un objectif de production maximum ?

b / produire autrement

"…on cherche vainement dans les écrits des théoriciens de la décroissance une distinction claire entre les productions qu’il faut absolument faire décroître et celles qu’il conviendrait peut-être d’augmenter" citation de Jean Marie Harribey

quelques pistes du produire autrement…. 1/ d’autres but autolimitation de la production, ne pas rechercher le profit maximal mais d’autres buts : durabilité de la production, qualité de la fabrication, utilité sociale ( exemple historique du compagnonnage artisans d’art, temps de travail très long pour produire peu la valeur ne vient pas de la quantité produite)

2/ d’autres produits :

Qui va définir l’orientation de la production ?

orientation publique ? c’est la définition collective des biens à produire souhaitables pour la collectivité (transports publics, pas individuels, logement écologiques types d’énergie à utiliser) qui améliorerait la neutralité écologique de l’ appareil de production. On peut citer dans ce registre le texte critique de Naomie Klein sur les marges de manoeuvre d’Obama : réorienter l’industrie automobile, nationaliser les banques pour qu’elles soutiennent les investissements nécessaires à une réorientation écologique du système productif )

organisation communautaire / locale ? Les idées et expériences sont nombreuses dans les sphères de la décroissance : les Services Echanges Locaux / travaux d’observations sociologiques : la débrouillardise dans un quartier de banlieue permet de survivre matériellement et socialement (échanges de services, petites productions )/ habitat groupé : l’organisation de l’habitat permet l’entraide et le partage de lieux collectifs.

Ces expériences peuvent-elles être la base d’une nouvelle organisation sociale ? Peuvent-elles être le moteur d’une nouvelle culture ? la base d’une nouvelle économie ? Comment payer des services publics avec ce type d’organisation ?

c/ Consommer autrement

frugalité simplicité volontaire : ces démarches individuelles seront-elles généralisables ?

Latouche (Survivre au développement ?) : c’est une aliénation culturelle qui nous fait imaginer que la recherche du profit est le moteur de notre bonheur (réflexion sur les besoins imaginaires )

Donner une valeur à l’usage et non au produit

Cf Ariès "Le mésusage" Ce que l’on produit n’est pas utile en soi, c’est son utilisation qui importe : l’eau pour une piscine privée est moins nécessaire que l’eau pour boire ou pour se laver.

Gratuité relative des biens communs selon leur usage (cf exemples des premiers m 3 d’eau gratuits)

d/ Les moyens individuels de subsistance ? Quel niveau de revenu ? Quelle source de revenu ? La diminution des besoins et la diminution de l’offre auraient pour conséquence moins de temps passé à la consommation, un retour vers d’autres activités humaines, plus d’espace pour la créativité l’imagination le temps libre le temps convivial …

Faut-il imaginer un revenu monétaire minimal pour tous ?

Conclusion

La question du travail et du revenu est encore à l’état d’ébauche dans les théories de la décroissance. Il semble que la réflexion dans ce domaine concerne plus les habitudes de vie que l’organisation économique.

Par exemple les idées de simplicité volontaire, de communauté, d’entraide, de consommation raisonnée sont dans le champ de la démarche individuelle volontaire. Et dans ce domaine, de nombreuses initiatives et idées jaillissent autour de la sphère de la décroissance.

D’autres solutions nécessaires relèvent de l’orientation des politiques publiques : ces deux approches ne s’excluent pas mais ne sont pas substituables.

Les théories de la décroissance proposent des modes de travail, de production, de consommation alternatives pour les individus, mais n’avancent pas de solution de politique économique et s’en justifient parfois en récusant la notion même d’économie. " L’objecteur de croissance qui entreprend d’explorer la problématique du travail dans la perspective d’une décroissance soutenable se trouve confronté à un paradoxe …. En toute logique une société qui aurait rangé parmi les vieilleries le culte de la croissance, du productivisme et du consumérisme devrait avoir congédié dans le même temps les notions telles que économie, travail, salariat, profit capital voire Etat… Fondée sur un autre imaginaire que celui de la modernité cette société rendrait nuls et non avenus les grands récits …… de civilisation thermo-industrielle" C’est l’ introduction à un des articles de l’ouvrage collectif "La décroissance économique". Même si l’auteur récuse plus loin cet angle de vue "...on ne saurait préjuger des composantes d’une société à l’état de projet idéal.." ce propos liminaire reflète quand même une réticence à penser la décroissance en terme de politique économique.

Il sera impossible de réformer une société consumériste sans une réorientation des désirs et des besoins individuels.

Mais il sera tout aussi impossible de vivre autrement dans une société consumériste. Il est donc nécessaire de fournir des outils de réflexion solides pour une politique publique qui réduirait les inégalités et préserverait les ressources naturelles, et de combattre le capitalisme et ses conséquences : surproduction et surconsommation pour une minorité / vie indécente pour le plus grand nombre.

Sources : "Survivre au développement" Serge Latouche

"Le mésusage" Paul Ariès

"La décroissance économique sous la direction de Baptiste Mylondo" pour l’association "Recherche et Décroissance"

"Comment les riches pillent la planète" Hervé Kempf

J.M. Harribey " du côté de la décroissance, questions encore non résolues" cahiers marxistes oct - nov 2008

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